Le géorgien

Il y a deux mois, je suis allé en Géorgie. Je n’ai pas appris à la langue (seulement l’alphabet et quelques phrases de bases), mais je me suis renseigné à son sujet et je vais présenter ses caractéristiques les plus intéressantes.

Je pense que pour la majorité des Français, c’est une langue totalement inconnue. Le géorgien ne ressemble à aucune des langues des pays voisins : ni à l’arménien, ni au turc, ni au russe. En fait, le géorgien est presque isolé : il appartient à la petite famille des langues kartvéliennes, qui inclut aussi le svane, le mingrélien et le laze – trois langues régionales de Géorgie (le laze est surtout parlé en Turquie).

L’une des premières chose que l’on remarque à propos du géorgien, c’est son alphabet : celui-ci n’est utilisé que pour le géorgien (et, rarement, les langues régionales sus-mentionnées). L’alphabet est plein de courbes et de boucles, si bien que j’ai déjà entendu dire « C’est quoi ? De l’elfique ? » Il a l’air compliqué, mais il est en réalité facile à apprendre : il y a 33 lettres et il ne distingue pas les majuscules et les minuscules. L’alphabet m’a tellement intéressé que j’ai décidé de créer un site pour apprendre l’alphabet géorgien.

Le géorgien est aussi remarquable par sa prononciation. Premièrement, il a quelques sons peu communs, dont six consonnes éjectives. Quand on les prononce, l’air n’est pas expulsé par les poumons mais par la glotte, ce qui leur donne l’impression qu’elles sont légèrement « explosives ». C’est courant dans les langues du Caucase, et de ce point de vue-là, le géorgien est relativement simple, comparé par exemple à l’abkhaze (j’ai mal à la gorge rien qu’en y pensant). Le son le plus bizarre est ყ (généralement transcrit q’) : une consonne éjective prononcée à l’arrière de la gorge et qui ressemble à ce qu’on s’attendrait à trouver en klingon.

Une autre chose étonnante avec le géorgien, c’est les suites de consonnes. Un mot peut facilement commencer par trois ou quatre consonnes : რძე (rdze, « lait »), მტკვარი (mt’k’vari, la rivière qui traverse Tbilissi), მწვანე (mts’vane, « vert »), გვფრცქვნი (gvprtskvni, « tu nous épluches »). Bon, le dernier exemple a peu de chances d’être utilisé dans une conversation réelle, mais il est théoriquement possible À côté, le polonais a l’air facile.

La grammaire non plus n’est pas simple. D’un côté, il n’y a pas de genres ni d’articles et les déclinaisons n’ont pas l’air si difficiles, mais les verbes sont incroyablement complexes. Il y a énormément de préfixes et suffixes qui permettent d’indiquer plein de nuances (temps, sujet, objet et d’autres choses) avec pas mal d’irrégularités. La manière de marquer le sujet et l’objet du verbe dépend de la classe du verbe et du temps utilisé. Wikipédia a des articles en anglais sur la grammaire et les verbes géorgiens ; je ne me risquerais pas à me lancer dans des explications, parce que je n’y comprend pas grand-chose. Apparemment, à partir d’une racine comme -წერ- (-ts’er-, « écrire »), on peut former des choses telles que ვწერ (vts’er, « j’écris »), დავწერე (davts’ere, « j’ai écrit »), ვუწერ (vuts’er, « je lui écris »), გწერ (gts’er, « je t’écris »).

En ce qui concerne le vocabulaire, j’ai trouvé intéressant que les Géorgiens aient un mot pour « après-demain » qui ne soit pas composé des mots « après » et « demain » : ზეგ (zeg). Et contrairement à toutes les autres langues que je connais, en géorgien mama (მამა) veut dire « père ».

Le géorgien a aussi emprunté beaucoup de mots : à l’arménien, au persan, aux langues turques, mais aussi aux langues européennes (souvent à travers le russe) et j’ai été surpris de voir combien de mots je pouvais déchiffrer en Géorgie. Met’ro (მეტრო). Muzeumi (მუზეუმი). Nat’uraluri p’rodukt’i (ნატურალური პროდუქტი). Les épiceries portent l’inscription მარკეტი (mark’et’i) et les pharmacies აფთიაქი (aptiaki), qui a très vraisemblablement un lien avec l’allemand Apotheke et le russe аптека (apteka).

Les étrangers se moquent de nos nombres en français, mais c’est pareil en géorgien : 93 se dit ოთხმოცდაცამეტი (otkhmotsdatsamet’i), littéralement « quatre fois vingt et treize ». Le système est cependant plus régulier que le nôtre : 40 et 60 s’expriment aussi par des multiples de vingt.

Je ne me suis pas encore plongé dans les détails de la grammaire géorgienne, mais ça m’a l’air d’être une langue très intéressante. Malheureusement je ne pense pas que je l’apprendrai sérieusement un jour, étant donné que j’aurais peu d’occasions de m’en servir.

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