Une semaine en Allemagne

C’est la quatrième fois de suite que je fête le Nouvel An à JES, une rencontre d’espéranto qui a lieu chaque hiver en Allemagne ou en Pologne. Cette fois, c’était en Allemagne, à Naumburg, une ville d’environ 30 000 habitants dans l’est du pays. Elle réunit généralement plus de 200 jeunes (pas seulement des jeunes, d’ailleurs) ; cette fois il y a eu 276 inscrits (je ne sais pas combien sont réellement venus) d’une vingtaine de pays.

Comme les années précédentes, j’y suis allé en « caravane » : un trajet avec d’autres espérantistes organisé pour profiter des tarifs de groupe des trains allemands. Plusieurs caravanes partent de divers endroits d’Europe et se rejoignent en route. J’ai pris la plus grosse branche, celle de Strasbourg, où il y avait déjà une trentaine de personnes (ça m’a surpris : l’année dernière, on était moins de dix). C’est plus amusant que voyager tout seul et ça permet de se mettre dans l’ambiance peu à peu. Parfois, ce trajet est une aventure (comme la fois où j’ai traversé de manière imprévue la République tchèque de nuit), mais cette fois-ci tout s’est déroulé sans encombre et nous sommes arrivés à Naumburg à l’heure prévue.

Naumburg est une jolie ville avec des rues pavées. On peut y visiter une maison où Nietzsche a habité et y admirer une cathédrale du xie siècle.

Naumburg

La cathédrale de Naumburg

Le programme de cette rencontre est assez similaire aux autres rencontres auxquelles j’avais déjà participé : excursions, conférences, concerts… On assiste à ce dont on a envie : je me suis promené dans la ville et j’ai écouté des conférences, mais si vous préférez picoler et danser jusqu’au matin et dormir pendant la moitié de la journée, vous pouvez.

Parmi les conférences auxquelles j’ai assisté (et « conférence » est un grand mot : n’importe qui peut présenter quelque chose s’il en a envie), beaucoup avaient un thème linguistique :

  • présentation de la langue allemande,
  • présentation du thaï (par un Allemand),
  • présentation des différents types de systèmes d’écriture dans le monde,
  • les différences entre le français d’Europe et le français québécois,
  • aligatorejo,
  • pourquoi ne pas utiliser le mot quite en anglais (la thèse étant que différentes personnes comprennent ce mot différemment, même les Anglais et les Américains),
  • une conférence sur les langues sorabes (l’un des professeurs de l’université de Leipzig, apparemment la seule où on peut les étudier, parle espéranto).

Parmi les conférences non linguistiques, j’ai écouté une Hongroise raconter son voyage de Budapest à Bangkok. Une autre activité que j’ai particulièrement appréciée était le « festival culinaire », où on pouvait apporter de la nourriture et des boissons de son pays (j’avais seulement quelques nougats à mettre à disposition). Ça m’a fait plaisir de boire du Kofola pour la première fois depuis que j’ai quitté la Slovaquie.

Festical culinaire

Il y a eu des concerts presque tous les soirs. Même si on entend souvent un peu les mêmes, il y a des styles de musique variés et tout le monde peut trouver quelque chose à son goût.

Il y a une activité qui était plus développée cette fois-ci que les années précédentes : le cinéma. Certaines personnes sous-titrent en espéranto des films de leur pays (ou pas forcément de leur pays, d’ailleurs) afin de les faire découvrir aux autres : il y a deux ans, par exemple, j’avais sous-titré Le Placard de Francis Weber. Cette année, j’ai pu voir Seksmisja (un film polonais de 1984 : deux hommes cryogénisés se réveillent dans un monde où il n’y a plus que des femmes), mais il y a aussi eu Im Juli (un film allemand que je recommande), Avatar et même les sept Harry Potter (je ne suis pas allé voir, mais je me demande comment ils ont traduit les mots inventés). Le plus impressionnant techniquement était Shrek 3D : celui qui s’occupait du cinéma a passé beaucoup de temps à mettre au point un système de projection avec deux projecteurs, mais aussi des lampes à DEL contrôlées par ordinateur (dont la couleur varie en fonction du film pour changer l’ambiance de la salle), et il l’a même doublé en espéranto (le résultat était plutôt bon, mais tous les personnages avaient un accent allemand).

Mais au-delà des conférences ou des concerts, le plus important, c’est les participants. À chacune de ces rencontres, on peut revoir d’anciens amis (le gros inconvénient, avec l’espéranto, c’est qu’ils habitent généralement à des milliers de kilomètres) ou connaître de nouvelles personnes (il y avait un nombre significatif de nouveaux, dont certains n’avaient commencé l’espéranto que quelques mois plus tôt et pouvaient se faire comprendre). C’est fou, comme on s’habitue à ce monde : il y a encore quelques années, les Allemands étaient tous des étrangers pour moi et des pays comme la Pologne ou la Hongrie m’étaient totalement inconnus. Aujourd’hui, ça me paraît parfaitement normal d’être avec des Allemands, des Polonais et des Hongrois et que tout le monde se parle sans aucune barrière linguistique, en oubliant que les autres sont des « étrangers ».

Sur Internet, on peut trouver de nombreuses discussions dans des forums (voire des pages web entières) expliquant pourquoi l’espéranto ne peut pas marcher, pourquoi il serait beaucoup mieux si on changeait l’alphabet, si on ajoutait tel mot, supprimait tel suffixe ou changeait telle partie de la grammaire, pourquoi il est moche ou pourquoi il faudrait être idiot pour apprendre une langue aussi mal fichue. Même si tout cela était vrai, les avantages de l’espéranto compensent largement ses défauts : les voyages que j’ai faits et les gens que j’ai rencontrés valent beaucoup plus que n’importe quel accusatif ou lettre accentuée.

À la fin des éditions précédentes de JES, j’étais reparti en France avec la caravane. Cette fois, c’est différent : le matin du 4 janvier, j’ai pris un train à Berlin afin de me rendre à l’aéroport et de m’envoler pour la Russie.

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3 réponses

  1. AG dit :

    Cette communication entre les gens est inespérée. Au fait Espéranto ça vient de quelle racine : espoir ?
    Merci pour ton reportage.

  2. Mut dit :

    Esperanto veut dire « celui qui espère ». C’est le pseudonyme sous lequel Zamenhof a publié son projet de langue (il ne lui avait pas donné de nom).

    J’ai aussi trouvé la réponse à une de mes questions : d’après cet article, il y a eu 258 participants de 34 pays.

  3. Mut dit :

    Sinon, je viens de recevoir un message des organisateurs avec la liste des adresses des participants et quelques statistiques. Ils disent qu’il y a eu 259 participants de 34 pays, répartis de la manière suivante :

    • Allemagne : 91,
    • France : 28,
    • Pologne : 19,
    • Royaume-Uni : 16,
    • Italie : 12
    • Pays-Bas : 11,
    • Hongrie : 9,
    • Danemark, Russie, Suède : 8 de chaque,
    • Slovaquie : 7,
    • Brésil, Catalogne, Suisse : 4,
    • Iran, Ukraine : 3,
    • République tchèque, Lituanie, Norvège, États-Unis : 2,
    • Australie, Belgique, Chine, Finlande, Grèce, Irlande, Israël, Japon, Jordanie, Kirghizistan, Mexique, Roumanie, Slovénie : 1.

    C’est plus que ce que je pensais. Je ne me souviens pas avoir vu des Danois, Norvégiens ou Mexicains. Le pays est celui indiqué à l’inscription ; certains ont dû mettre leur pays d’origine, d’autre leur pays de résidence (il y avait deux Canadiens, mais il me semble qu’ils habitaient tous les deux en Allemagne).

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