Mon voyage le plus dépaysant : le Bénin et le Togo

Ces dernières années, j’ai visité grâce à l’espéranto pas mal de pays auxquels je n’aurais pas forcément pensé autrement, essentiellement en Europe centrale et de l’Est. Sans l’espéranto, je serais peut-être quand même allé un jour en Ukraine ou en Russie, mais s’il y a bien un pays que je n’aurais jamais cru que je visiterais, c’est le Togo.

Parmi les nombreux festivals d’espéranto organisés tous les ans, l’un des plus important est le congrès mondial de la jeunesse. Il a lieu deux fois sur trois en Europe – j’y suis d’ailleurs déjà allé quand il était en Hongrie, en Tchéquie, en Ukraine et en Allemagne. Le reste du temps, il est généralement en Amérique ou en Asie de l’Est.

L’Organisation mondiale des jeunes espérantophones avait depuis plusieurs années le projet de l’organiser en Afrique. Cette année, ça s’est enfin réalisé : le congrès a eu lieu à Aného, au Togo, du 5 au 12 août. Et j’ai eu la chance d’y participer et d’aller pour la première fois en Afrique.

Istanbul

J’ai fait le voyage avec trois Slovaques. Nous avons pris l’avion de Prague à Cotonou via Istanbul. Je n’avais jamais été en Turquie avant et nous avons eu quelques heures pour visiter.

La Mosquée bleue

La petite partie d’Istanbul que j’ai eu le temps de voir est très jolie, il faudrait que j’y retourne un jour. Je voulais aussi aller voir le Bosphore, mais j’ai sous-estimé la taille d’Istanbul…

Le Bénin

Nous avons atterri le soir à Cotonou, la plus grande ville du Bénin. Avant même de commencer à faire la queue pour faire tamponner nos passeports, des médecins ont vérifié le carnet de vaccination de tous les voyageurs. Le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire et je m’étais aussi fait vacciner contre la fièvre typhoïde, l’hépatite A et un type de méningite. Les formalités ont été assez rapides (pour aller au Bénin, il faut un visa, assez cher mais facile à obtenir).

Avant notre séjour, nous avions contacté un hôtel qui appartient à un espérantiste qui s’est très bien occupé de nous pendant notre séjour (si jamais vous allez à Cotonou, je vous recommande l’hôtel Joca). Il est venu nous chercher à l’aéroport en voiture avec quelques personnes. Comme il faisait nuit, je n’ai pas pu remarquer beaucoup de choses dans ce nouveau pays. J’ai été surpris par les routes, qui étaient en très bon état – jusqu’à ce que la voiture tourne dans une rue non goudronnée avec des flaques géantes.

Ma première impression du Bénin

Le lendemain, nous avons enfin pu visiter le coin. Nous avons été accompagnés toute la journée par le chauffeur de l’hôtel et une espérantiste béninoise. Nous sommes allés changer de l’argent – 1 euro = 655,857 francs CFA ou, plus simplement, 1 franc français = 100 francs CFA. On peut changer sans commission dans les banques (par contre, le changement dans l’autre sens n’est pas gratuit). Puis nous sommes allés visiter Ganvié, une cité lacustre située sur le lac Nokoué, à quelques kilomètres de Cotonou.

Ce « village » de 30 000 habitants est constitué en grande partie de bâtiments sur pilotis. Ses habitants vivent principalement de la pêche et se déplacent en pirogue ; les enfants doivent savoir nager dès leur plus jeune âge. Certains bâtiments sont sur des îles artificielles – j’ai vu des hommes plonger et remonter avec des seaux pleins de vases pour remblayer les îles.

Ganvié

Tout le monde n’a pas l’électricité chez soi.

Une mosquée sur pilotis. Environ le quart des Béninois sont musulmans et la moitié sont chrétiens.

Je m’attendais à crever de chaud en Afrique, mais il faisait en fait moins chaud qu’en Slovaquie. En revenant de Ganvié, j’ai même eu froid (il a commencé à pleuvoir).

La circulation routière à Cotonou est une drôle d’expérience : en comparaison, les Russes sont des conducteurs prudents. Il y a des motos partout. Les limitations de vitesse sont, au mieux, une suggestion – si la route est dégagée, pourquoi ne pas rouler à 110 ? Et puis pourquoi ne pas passer à quelques centimètres des autres véhicules ? (Un peu plus tard dans la semaine, j’ai pris un taxi qui a heurté le guidon d’une moto avec son rétroviseur.)

Des motos partout, je vous dis.

Les rues sont bordées d’innombrables boutiques de toutes sortes – je me demande où les gens habitent.

J’ai été surpris par le nombre d’établissements avec des noms du type « Dieu est vivant », « La main de Dieu » ou « Jésus t’aime ».

Peut-être la chose la plus étrange pour moi : plein de gens vendent de l’essence dans des bouteilles au bord des routes.

Un détail familier dans un pays totalement étranger : les panneaux routiers sont identiques à ceux qui sont en France.

Quelques observations : beaucoup de gens sont habillés avec des vêtements à motifs colorés, mais beaucoup ont aussi des T-shirts et des jeans qui passeraient inaperçus chez nous. J’ai remarqué plusieurs personnes avec des T-shirts qui portaient une inscription à la mémoire de leur père, mère, grand-mère, etc. Plein de gens (surtout des femmes, mais pas seulement) portent divers objets sur la tête, parfois en les tenant d’une main pour qu’ils ne tombent pas, mais parfois sans les tenir et en ayant l’air de défier la gravité. Ça a l’air assez pratique, je me demande pourquoi personne ne porte ses affaires sur la tête chez nous. On dirait que personne ne fume, ou en tout cas pas en public. Tout le monde a un smartphone et communique avec WhatsApp. Presque tout est écrit en français, et presque rien en langues locales, même si à Cotonou, tout le monde parle fon (mais le français est la langue de l’éducation).

L’après-midi, nous sommes allés à Dantokpa, le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest. C’est sans doute la chose la plus dépaysante que j’ai jamais vue. Des rues entières sont remplies de boutiques et d’étals où on vend probablement tout ce qui peut s’acheter : vêtements, objets divers, fruits, légumes, céréales, épices, viande, poissons, et même des chèvres vivantes. Il y a énormément de monde, mais on arrive quand même à circuler. La Béninoise qui nous accompagnait nous a recommandé de porter nos sacs à dos devant.

Le marché de Dantokpa. Je n’ai pas fait beaucoup de photos : nous étions déjà assez voyants (j’ai vu très peu de Blancs à Cotonou et aucun à Dantokpa), je ne voulais pas en plus attirer l’attention avec un appareil photo.

L’un des vendeurs de chèvres nous a pris en photo – je suppose que nous étions aussi inhabituels pour lui que sa boutique l’était pour nous.

On trouve même des salons de beauté au marché : les filles de mon groupe se sont fait faire les ongles pour un prix dérisoire à quelques mètres de poissons qui pourrissaient.

Le lendemain, il était temps d’aller au Togo. Nous avons pris le taxi pour parcourir les 100 km qui nous séparaient d’Aného. Nous sommes passé au bord d’un lac, entre des rizières et d’autres champs et nous avons traversé le fleuve Mono. La route était en très bon état.

Le lac Ahémé

La frontière était assez chaotique. Nous avons dû remplir des formulaires pour sortir du Bénin (il a fallu répondre à plus de questions pour en sortir que pour y entrer). Les locaux, qui peuvent passer la frontière avec leur carte d’identité, pouvaient passer en voiture, mais nous avons dû traverser la frontière à pied. Comme au Bénin, les Togolais ont vérifié nos carnets de vaccination en premier.

Le Togo

Au Togo, on peut recevoir un visa à la frontière pour sept jours (ce qui tombe bien, j’y ai passé sept jours). Il suffit de remplir un formulaire et de payer (dans mon cas 10 000 francs CFA, soit 15 €). J’avais prévu une lettre d’invitation et des photos d’identité au cas où, mais ce n’était pas nécessaire. Le policier a écorché mon nom en l’écrivant sur le visa, mais ça n’a pas posé de problèmes.

Aného se trouve à la frontière avec le Bénin, nous sommes donc arrivés au lieu du congrès quelques minutes plus tard.

Agama agama, l’animal le plus exotique que j’ai vu pendant mon séjour. Il y en avait partout à Aného.

Aného est une ville plutôt petite (environ 25 000 habitants) située à l’endroit où le lac Togo se jette dans l’Atlantique.

L’hôtel de ville d’Aného

Des bateaux de pêche

Des palmiers, du sable… Ce serait une plage paradisiaque s’il n’y avait pas des tonnes de déchets. Sérieusement, je n’ai jamais vu de plage aussi sale.

Le Togo est une démocratie (enfin, en théorie : notre chauffeur de taxi nous a expliqué que Faure Gnassingbé est au pouvoir depuis 12 ans, et son père a été président 38 ans). Mais à Aného, il y a trois rois – je suppose qu’ils n’ont pas de statut légal, mais ils sont respectés par leurs communautés et servent entre autres à régler les conflits. Nous sommes allés voir l’un d’entre eux dans son palais.

Une rue d’Aného

Une partie du palais

Il y a aussi une cathédrale à Aného.

La cathédrale Saints-Pierre-et-Paul d’Aného

Vue depuis le clocher de la cathédrale

L’établissement où le congrès avait lieu est en temps normal un collège. Les chambres étaient assez spartiates, mais suffisantes. Beaucoup de pièces n’avaient pas de vraies fenêtres, il y avait juste des ouvertures dans les murs, ce qui n’est pas un problème avec le climat, même si je me demande ce que ça donne en cas de forte pluie avec du vent.

L’enceinte du collège. Je suppose que c’est moins cher que le fil barbelé.

Je ne savais pas à quoi m’attendre pour la nourriture, mais les repas étaient assez normaux : du riz, des pâtes, des légumes, des frites… Les seules choses inhabituelles que j’ai mangées sont des bananes grillées et une espèce de bouillie que je n’ai pas vraiment appréciée au petit déjeuner.

Les douches étaient intéressantes : il faut d’abord remplir un seau avec l’eau du robinet puis aller se doucher avec. Ce n’est pas si terrible, ça économise même de l’eau, et avec ce climat, l’eau froide était quand même assez chaude. C’est pareil pour les toilettes : il n’y a pas de chasse d’eau, il faut prendre de l’eau dans un seau avant. Il y a eu deux coupures de courant, assez courtes. Il n’y avait pas Internet. J’aurais pu acheter une carte SIM, mais je m’en suis passé facilement (j’avais peur d’être drogué, mais finalement ce n’est pas dur de passer une semaine sans Internet si on a des choses intéressantes à faire).

Comme dans toutes les rencontres d’espéranto, il y avait au programme une présentation des cultures des participants. Beaucoup avaient apporté un costume traditionnel, c’était très beau. Nous avons pu ensuite goûter des spécialités de différents pays. Je n’avais rien de français avec moi, j’ai contribué à la table slovaque, qui était la plus grande.

Tous les participants qui ont apporté un costume traditionnel

À part quelques Brésiliens, tous les participants étaient européens ou africains. Les participants africains venaient de pays tels que le Togo, le Bénin, le Kenya, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Tanzanie. J’ai participé à pas mal de rencontres de jeunes espérantophones, mais celle-ci était unique à pas mal d’égards. D’habitude, les gens font la fête toute la nuit – là, la plupart du temps, presque tout le monde était couché à minuit. Les concerts avaient lieu dans une église ou en plein air. Mais le plus bizarre, c’était les problèmes de santé.

Ce soir-là, plusieurs personnes ont commencé à tomber malade. Personne ne savait d’où ça venait : de la nourriture ? Quelqu’un avait apporté un virus ? Qui sera le prochain ? Le lendemain matin, il devait y avoir une excursion. Elle a été annulée parce qu’il y avait trop de malades. Les gens se demandaient « Comment ça va ? » en attendant une réponse sincère.

Tant pis pour l’excursion : par chance, le mardi était le jour du marché. Il était plus petit que celui de Cotonou et moins bondé, mais on pouvait y trouver beaucoup de choses, dont des médicaments et mêmes des animaux morts pour des rites vaudous.

Le marché d’Aného

Beaucoup de personnes de notre groupe (dont moi) ont acheté du tissu pour se faire faire une robe ou une chemise sur mesure.

Je voudrais bien savoir ce qu’ils font avec des caméléons morts.

Le lendemain matin, j’ai commencé à être malade (la description des symptômes serait superflue). Mais comme je ne me sentais pas trop mal, j’ai décidé d’aller à l’excursion l’après-midi. Nous sommes allés à Togoville en traversant le lac Togo en barque. La promenade en barque était sympa, mais il n’y a pas grand-chose à voir à Togoville.

Le lac Togo

La cathédrale Notre-Dame du Lac Togo

Aller à cette excursion n’était peut-être pas une bonne idée : je me suis senti de plus en plus mal et le retour en car était un supplice. Je crois que j’avais de la fièvre et au retour, je suis allé directement me coucher.

Le matin, je me sentais beaucoup mieux. Les symptômes n’avaient pas tous disparus mais je n’avais plus de fièvre. J’ai quand même décidé de ne pas aller à l’excursion (celle qui aurait dû avoir lieu deux jours plus tôt) pour me reposer. C’était une excursion à Kpalimé, ville près de laquelle il y a une cascade, et dans des plants de café et de cacao. J’ai commencé à regretter de ne pas y être allé : je doute que je revienne un jour au Togo et j’aurais aimé en voir plus. Mais quand les autres sont revenus de l’excursion en racontant qu’ils avaient passé neuf ou dix heures dans le car pour une heure et demie de visite, je me suis dit que j’avais fait le bon choix.

Je ne sais pas si j’ai eu une simple tourista : il y a eu quelques malades parmi les Africains, et je me demande s’il y a un seul Européen qui n’a eu aucun problème de santé. Je m’en suis bien sorti, chez certains ça a duré longtemps après le retour, et au moins trois personnes ont fait un tour à l’hôpital.

Bref, le lendemain, il était déjà temps de rentrer. Nous sommes repartis comme nous sommes venus, via Cotonou et Istanbul.

Conclusion

Même si je n’ai pas l’air très positif avec toutes ces histoires de maladies, je suis très content d’être allé au Bénin et au Togo. C’est sans aucun doute le voyage le plus inhabituel que j’ai fait.

Le Bénin m’a laissé une meilleure impression que le Togo – ou, plus exactement, Cotonou m’a laissé une meilleure impression qu’Aného, étant donné que je n’ai pas vraiment remarqué de différences entre les deux pays : les deux ont une histoire similaire (anciennes colonies françaises), sont francophones, utilisent la même monnaie, etc. Toutes les observations que j’ai faites sur le Bénin s’appliquent aussi au Togo. Dans cette partie du monde, les différences culturelles dépendent sûrement plus des groupes ethniques que des frontières.

Ces pays sont un monde tellement différent du mien que parfois, ça a avait l’air irréel. Pas mal de scènes qui étaient normales là-bas auraient semblé hallucinantes chez nous : des motos qui transportent tellement de choses qu’on se demande comment elles tiennent debout, des gens qui trimbalent des chèvres vivantes en les tenant par les pattes, une voiture à 5 places dans laquelle 11 enfants chantent en espéranto (bon, ça c’était assez curieux)…

Le congrès était aussi réussi : je m’attendais au pire, mais finalement tout s’est bien déroulé, les organisateurs ont fait un très bon travail. Beaucoup de participants étaient soutenus par un programme financé par l’Union européenne (diverses formations avaient lieu pendant le congrès), je n’imagine même pas le travail qui a dû être nécessaire pour organiser ça.

Je dois dire que le dernier jour, j’étais plutôt soulagé de partir : aucun de mes autres voyages n’avait eu d’effets sur ma santé, et après mon retour, j’étais content de pouvoir me doucher, de manger n’importe quoi sans avoir peur d’être malade et de boire sans devoir vérifier que la bouteille était correctement fermée. Malgré ça, mon seul regret est de ne pas avoir vu un peu plus du Togo et du Bénin.

Ma famille n’était pas très rassurée de savoir que je partais en Afrique, mais je me suis toujours senti en sécurité. Mes prochains voyages seront certainement vers des destinations moins exotiques, mais je voudrais bien retourner en Afrique un jour.

 

 

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