Voyage en Espérantie

Après avoir appris l’espéranto, il fallait que je teste cette langue pour voir si ça valait vraiment la peine de l’apprendre, et aussi pour vérifier si ce que j’ai lu à son sujet était bien vrai (et m’assurer que je n’ai pas raconté n’importe quoi).

Parmi les nombreux événements qui se tiennent en espéranto toute l’année, j’ai choisi le « congrès international de la jeunesse », Internacia Junulara Kongreso (attention, le lien sera probablement bientôt mort), une rencontre qui réunit quelques centaines de jeunes chaque été dans un pays différent. Cette année, c’était à Szombathely, une ville de l’ouest de la Hongrie.

J’arrive donc à l’aéroport de Vienne, où je rencontre deux autres Français avec qui il était convenu que je fasse une partie du voyage. Nous prenons le train, dans lequel nous rencontrons un groupe qui se rend à la même rencontre, composé notamment de Mexicains. J’écoute la conversation sans vraiment y participer, et je comprends ce qui se dit du moment que je prête attention aux paroles. Changement de train en Hongrie, puis d’autres espérantistes nous rejoignent. Nous sommes finalement une douzaine. Je discute un peu, sans trop de difficultés. C’est un peu bizarre de parler une langue que j’avais utilisée presque seulement à l’écrit (j’avais essayé deux ou trois fois sur Skype avant). Et c’est assez incroyable : je n’avais jamais parlé espéranto avec des vrais gens, et pourtant j’arrive à parler plutôt correctement dans cette langue.

Le but du séjour n’était pas que l’espéranto : il permettait aussi de découvrir le pays. J’ai par exemple visité le lac Balaton (le plus grand d’Europe centrale), un village typique transformé en musée pour présenter la culture traditionnelle de la région, eu des cours de hongrois (en deux heures d’initiation on ne peut pas apprendre grand-chose mais c’est quand même intéressant). De plus, on pouvait en apprendre plus sur la culture de tous les participants : il suffisait de demander. Nous avons organisé un festival linguistique et culturel, où chacun pouvait présenter son pays aux autres, ainsi qu’aux habitants de la ville (qui n’avaient pas l’air particulièrement intéressés, c’est dommage) : danses mexicaines, gâteaux polonais, désinfectant vodka russe, phrases tchèques imprononçables…

Je mentirais si je disais que tout le monde parlait aussi bien que dans sa langue maternelle (en un an on ne peut pas apprendre tous les noms d’animaux ou d’aliments, par exemple), mais le résultat est très satisfaisant. Beaucoup de gens avaient commencé l’espéranto moins de deux ans avant, certains à peine quelques mois plus tôt. Dans quelle autre langue aurais-je pu m’exprimer avec autant d’aisance à peine un an et demi après l’avoir apprise (et sans l’avoir pratiquée à longueur de journée) ? Je suis capable de saisir les paroles d’une chanson, de suivre une conférence sur le réchauffement climatique, ou de comprendre quelqu’un qui parle vite alors qu’il y a du bruit autour de nous.

Je dirais que mon niveau d’espéranto est à peu près équivalent à mon niveau d’anglais (enfin, en anglais, j’ai plus de vocabulaire, mais mon accent est moins bon et j’ai plus de doutes sur la grammaire). Pourtant, de l’anglais, j’en ai fait huit ans (sans compter l’école primaire), j’ai souvent fait partie des meilleurs de ma classe, j’ai regardé des films, lu des livres, voyagé dans des pays anglophones… Pour apprendre l’espéranto, je suis resté assis devant mon PC. Et je me suis pointé à cette rencontre. Et mon niveau en espéranto n’est même pas comparable avec mes niveaux en allemand et espagnol, que j’ai pourtant étudiés respectivement sept et trois ans.

J’ai souvent vu que « l’espéranto c’est peut-être plus facile pour ceux qui parlent une langue latine, mais pas pour les autres. » Pourtant ça n’avait pas l’air de poser de problème aux nombreux Hongrois qui étaient là (le hongrois n’est pas du tout une langue indo-européenne). Même les Japonais ne semblaient pas particulièrement gênés, et leur accent était à peine reconnaissable. En effet, chacun parle avec son accent, et ça n’empêche pas la compréhension (et bien souvent, je suis incapable de savoir de quel pays vient une personne juste en l’écoutant parler. Mais je dois bien admettre que certaines personnes sont un peu plus dures à comprendre que d’autres).

C’est une expérience unique de faire partie d’une assemblée de quelques centaines de personnes d’au moins 30 pays différents qui rient en même temps à la même blague, ou d’être assis à table avec des gens de trois ou quatre pays sans avoir l’impression d’avoir affaire à des étrangers. Je crois que c’est l’une des particularités de l’espéranto : je peux apprendre l’anglais, l’allemand ou n’importe quoi d’autre autant que je veux, je ne serai jamais anglais ou allemand. Tandis que là, j’ai le sentiment de faire partie d’une sorte de communauté qui dépasse les frontières, qui permet d’avoir quelque chose en commun avec des gens dans le monde entier, et même d’avoir des amis de nombreux pays. Si jamais je veux aller à Prague où à Budapest, quelqu’un est prêt à m’accueillir.

En conclusion, peu importent ce que pense mon entourage ou les remarques que j’entendrai quand on me demandera ce que j’ai fait pendant les vacances : j’ai pris une très bonne décision le jour où je me suis mis à apprendre l’espéranto.

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10 réponses

  1. angenoir dit :

    Hmm, ça m’a l’air tout simplement génial, ça me donne encore plus envie de me mettre à l’espéranto, mais, je ne comprend pas pourquoi tu dis que ces rencontres sont appellées à disparaitre o:
    Tu as vraiment de la chance d’être parti là bas, et, ce serais ne pas être ouvert d’esprit que de « critiquer » le choix que tu as fait…

  2. Pashupati dit :

    C’est la page de la rencontre de 2008 qui va bientôt disparatre. La page de 2007 a été enlevée début 2008.

  3. Pepin2Pom dit :

    Bonjour
    Personnellement je pense que cette « langue », « pseudo-langue » plutôt, est comme le Volapük : elle n’a aucun avenir. Elle n’a aucune culture derrière elle. Citez-moi seulement un Voltaire espérantophone… Qui n’aurait écrit qu’en espéranto, bien sûr. Pas de traducteur. Si Zola ou Racine avaient écrit en espéranto, d’ailleurs, ils seraient restés français. Ca n’aurait rien changé.
    Cette « langue » n’est qu’un sabir, une sorte de klingon. Effectivement, c’est amusant, mais où est l’intérêt ? Le vrai intéret. Vous avez l’impression de le parler bien mais c’est seulement parce qu’elle est simple. Et je ne vois pas pourquoi vous ne vous sentiriez pas à égal avec un japonais en parlant japonais ou anglais ne parlant anglais… Et vice-versa ! Evidemment c’est tellement mieux de pouvoir prendre quelqu’un de haut dans sa propre langue, mais comme on ne peut pas autant se mettre soi-disant à égalité avec une langue bien stupide. Tiens, trouvez moi un texte japonais traduit en esperanto, un anglais en esperanto, un français aussi traduit et un russe. Tolstoï et Nabokov passerton -ils ? NON !
    Vous ne pourrez jamais apprendre les mathématiques par exemple, en suivant un cours en esperanto. La langue est trop simpliste.
    « moi intègre x » LOL…
    Un million de gens parlent esperanto, il y a 6.6 milliards de personnes sur terre. Ca nous fait donc… 0.0003% de gens qui parlent esperanto. BRAVO
    On ne peut pas inventer une langue qui est comme un organisme ivant qui progresse lentement… Une langue ne devient pas « vivante » en quelques sieècle. On ne peut pas exprimer d’émotion en esperanto. Par exemple vous ne pouvez pas exprimer le mépris qu’inspire certain discours. Est-ce que vous avez déja vu un bon film en esperanto ? VOus m’en citez ? Des films original…
    Allez, vous finirez bien par trouver. Pour l’instant je vais apprendre une VRAIE LANGUE !!!

  4. Pashupati dit :

    « Un million de gens parlent esperanto, il y a 6.6 milliards de personnes sur terre. Ca nous fait donc… 0.0003% de gens qui parlent esperanto. »
    Comment on calcule ça ?

  5. Mutte dit :

    C’est exactement à cause de commentaires comme celui de Pepin2Pom que j’hésite à raconter autour de moi que je parle espéranto. Je n’ai pas envie d’entendre des remarques méprisantes (« pseudo-langue », « langue bien stupide ») et des préjugés (« Elle n’a aucune culture derrière elle », « La langue est trop simpliste »).

    Si tu repasses par là, tu pourrais m’expliquer quelque chose ? J’aimerais comprendre pourquoi beaucoup de gens dissertent comme ça sur l’espéranto alors qu’ils n’y connaissent rien. Comment tu peux affirmer « Vous ne pourrez jamais apprendre les mathématiques par exemple, en suivant un cours en esperanto. La langue est trop simpliste. » alors que tu ne parles pas un seul mot de cette langue ? Parmi les bouquins qu’ils vendaient, il y avait un dictionnaire de mathématiques. Je ne l’ai pas acheté, mais j’ai pris un dictionnaire d’informatique avec environ 7 500 termes. On dirait bien qu’on peut parler de choses techniques en espéranto.

    Citez-moi seulement un Voltaire espérantophone… Qui n’aurait écrit qu’en espéranto, bien sûr.

    Ces pages de Wikipédia conviennent-elles ?

    Un million de gens parlent esperanto, il y a 6.6 milliards de personnes sur terre. Ca nous fait donc… 0.0003% de gens qui parlent esperanto. BRAVO

    Ai-je prétendu le contraire ? Et est-ce que à quelqu’un qui apprend, disons, le breton, tu dirais « 300 000 personnes parlent breton, ça fait 0,004 55 % de gens qui le parlent, alors franchement ça sert vraiment à rien » ?

    On ne peut pas inventer une langue qui est comme un organisme ivant qui progresse lentement… Une langue ne devient pas « vivante » en quelques sieècle.

    Ben, la preuve que si.

    On ne peut pas exprimer d’émotion en esperanto.

    Si. J’ai déjà exprimé des émotions en espéranto. Et j’ai rencontré des couples qui s’étaient formés grâce à l’espéranto ; ils ont bien dû exprimer des sentiments à un moment ou à un autre.

    Et pourtant, quelque chose me dit que mon expérience ne changera rien à tes préjugés…

  6. Bien sûr que ça sert à quelque chose l’espéranto, tu as fait un beau voyage. Et tous les congressistes aussi. Et tu as rencontré plein de gens et communiqué avec eux.
    Et c’est justement parce qu’il n’y a pas de culture sous-jacente que cette langue est unique, elle ne subit pas de déformation liée à un état d’esprit d’un peuple donné.

  7. Au fait, quand j’étais étudiante et que j’avais appris le portugais pour le plaisir, ça avait surpris des gens, notamment un Portugais dans son pays qui ne voyait pas l’intérêt de faire ça, et aussi un étudiant tunisien qui m’avait demandé : »Pourquoi apprends-tu une langue morte ? » Il avait été surpris d’apprendre que cette langue était parlée dans plusieurs pays (par 230 millions de personnes nous apprends Wikipédia fr.wikipedia.org/wiki/Por… )

  8. Milocéane dit :

    Je vois pas le problème d’apprendre une langue pour le plaisir. Tout le monde apprend bien quelque chose pour le plaisir, il me semble. Que ce soit la musique, le dessin, (oserais-je dire la tecktonik ? :(), la programmation (ce qui apparemment paraît aussi un peu bizarre), ou bien des langues. Je vois pas trop ce qui change, si ce n’est que c’est plus ou moins à la mode. Ce qui signifie que ceux qui disent que « ça sert à rien d’apprendre une langue » sont un peu des victimes de la mode…

    En revanche, si j’avais à apprendre une langue, ça serait certainement pas l’espéranto. En fait, j’ai déjà commencé à l’apprendre, mais ça m’a vite lassé. Je trouve que cette langue n’a aucun charme, en fait, ce qui est normal puisqu’elle a été inventée pour être pratique, et non pas pour être jolie ou intéressante linguistiquement (si je me trompe pas). C’est à cause du fait qu’elle soit trop simple à apprendre (attention, j’ai pas dit simpliste) qu’elle m’intéresse pas. Je préfèrerais à la limite des langues comme le finnois, le japonais, voire l’inuit, qui changent beaucoup de ce dont on a l’habitude. C’est assez tordu mais intéressant. Ben oui, c’est pas le fait qu’une langue soit vivante qui m’intéresse, de toute façon il y a peu de chance que je m’en serve.

    Voilà mon point de vue. Je tiens pas à être critiquée comme Pepin2Pom si je dis que j’aime pas l’Espéranto, donc j’explique.

    Et je répète que t’as pas à cacher que t’apprends l’Espéranto, parce que ce sont ceux qui critiquent qui sont en tort. Et puis assume, quoi. :p

  9. Tim Morley dit :

    Excusez-moi de venir un peu tard à cette discussion, mais je voulais juste rajouter quelques mots sur les propos injurieux de Pépin2Pom.

    C’est clair, d’abord, qu’il n’a pas beaucoup de connaissance du sujet — il demande « un texte japonais traduit en esperanto, un anglais en esperanto, un français aussi traduit et un russe », comme si on n’en trouverait pas des dixaines d’exemples dans un quart d’heure avec le catalogue de UEA{1} ; il cite le nom de Tolstoï, probablement sans savoir que celui-ci a étudié et parlé positivement de la langue{2} ; il dit que la langue est « trop simpliste » pour faire les maths, sans doute en toute ignorance du dictionnaire de terminologie mathématique{3} en Espéranto…

    Bref, il n’est pas du tout difficile de montrer, avec des références et des citations et des preuves, que la plupart des arguments contre l’espéranto se basent sur du n’importe quoi.

    Il faut continuer à rebattre ces arguments, certe, mais il faut aussi continuer à tout simplement montrer l’utilité de la langue, montrer pourquoi on la trouve si fascinante — comme l’a fait parfaitement l’auteur de ce blog dans cet article.

    Tout les arguments théoriques qui « montrent » que la langue n’existe pas et que ça ne peut pas marché ne comptent pas pour grand chose à côté des photos des copains de différents pays qui s’amusent bien ensemble. 🙂

    {1} http://katalogo.uea.org/
    {2} http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A
    {3} http://katalogo.uea.org/katalogo.ph

  1. 30 mai 2016

    […] que je suis allé en Hongrie la première fois, je suis intéressé par la langue hongroise. Le hongrois, étant une langue finno-ougrienne, est […]

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