Apprenti polyglotte

Des langues, mais aussi des voyages, de l’informatique et d’autres choses

Accents circonflexes et réformes orthographiques

Il y a quelques jours (hier, pour être précis), divers médias ont rapporté qu’une nouvelle orthographe serait enseignée dans les écoles à partir de la rentrée prochaine. Les réactions outrées ne se sont pas fait attendre : les accents circonflexes vont disparaître ! C’est du nivellement par le bas, ça nuirait à la beauté du français, de mon temps on apprenait à écrire correctement, pourkoi pa ékrir kom sa ou simplifier les maths parce que c’est trop dur, tant qu’on y est ?

Quelques précisions essentielles :

  • La réforme en question date de 1990 et a été largement ignorée. L’Académie française accepte toujours les deux orthographes.
  • Le gouvernement n’y est pour rien. L’Académie française ne fait aucune loi, et ses propositions n’engagent que ceux qui les acceptent.
  • La raison pour laquelle on en parle subitement 25 ans après, c’est que les éditeurs de manuels scolaires ont décidé d’appliquer la réforme (que l’éducation nationale recommandait depuis 2008).

Que dit la réforme ?

Contrairement à ce que l’on a pu entendre, l’accent circonflexe ne va pas disparaître. Les principaux changements sont les suivants (la liste complète est sur Wikipédia) :

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La langue la plus difficile du monde

Dans tous les pays, beaucoup de gens sont convaincus que leur langue, qu’il s’agisse du polonais, du slovaque, du hongrois, du chinois ou même de l’anglais ou du français, est l’une des plus difficiles, si ce n’est la plus difficile au monde.

Pourtant, bien souvent, les difficultés auxquelles les gens pensent ne sont pas toujours celles qui posent des problèmes aux étrangers. Les Slovaques sont souvent impressionnés parce que je décline les mots correctement, mais l’aspect des verbes est beaucoup plus difficile pour moi, alors que pour les Slovaques ce n’est qu’un vague souvenir de lycée. D’ailleurs, les arguments avancés par l’article mentionné plus haut peuvent s’appliquer tout aussi bien au polonais qu’au slovaque. Les Russes pensent que les règles de ponctuation dans leur langue sont difficiles — c’est peut-être vrai, mais il y a beaucoup de choses à maîtriser avant de se soucier d’être pointilleux sur la ponctuation. Et quand nous pensons au difficultés du français, nous pensons aux conjugaisons ou aux liaisons, mais peu de francophones se doutent qu’il existe un ordre strict pour les pronoms et le bon usage de mots comme « de » et « à » ou « y » et « en » semble donner beaucoup de fil à retordre aux étrangers.

Y a-t-il des langues objectivement difficiles ?

Peu de linguistes s’avanceraient à dire que certaines langues sont plus difficiles ou complexes : d’abord parce que définir la complexité d’une langue est très difficile, et ensuite parce que tous les enfants du monde apprennent à parler leur langue avec autant de facilité. Toutes les langues du monde permettent à ceux qui les parlent d’exprimer tout ce dont ils ont besoin. On pourrait naïvement croire que les peuples « primitifs » parlent des langues « primitives », mais il n’en est rien : les langues aborigènes d’Australie, par exemple, n’ont rien de primitif.

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L’espéranto : une langue artificielle ?

« L’espéranto ? Et pourquoi pas l’elfique ? » Voilà un genre de phrase que l’on peut parfois entendre quand il est question d’espéranto. De nombreuses personnes rangent l’espéranto dans le même sac que le klingon ou le dothraki : un jeu peut-être amusant pour certains geeks, mais qu’on ne peut pas comparer aux « vraies » langues.

Pourtant, même si l’espéranto est, à la base, indiscutablement une langue construite, il a à mon avis des qualités qui le rapprochent des langues naturelles et on ne peut pas simplement le ranger dans la catégorie des langues inventées.

En effet, l’espéranto est, à ma connaissance, un cas unique dans l’histoire des langues : une langue créée par une personne qui s’est peu à peu transformée en véritable langue vivante.

Certaines personnes ont du mal à croire que l’espéranto soit une langue vivante, mais c’est un fait indiscutable : je le sais d’expérience, je l’utilise tous les jours, sans me dire que c’est bizarre d’être en train d’utiliser une langue artificielle. Parler espéranto est pour moi aussi naturel que parler français. Si je voulais, je pourrais parler avec ma mère en anglais, mais j’aurais l’impression de jouer à un jeu et en repassant au français je me dirais « Bon, on peut reparler normalement ». Pour l’espéranto, c’est pareil : il m’est arrivé de devoir parler anglais avec des espérantophones que je connais, et quand on repasse à l’espéranto j’ai le sentiment de me remettre à parler normalement, comme si c’était notre langue.

Mais pour moi, la preuve irréfutable que l’espéranto est une langue vivante, c’est que des gens l’utilisent pour s’aimer et élever des enfants. Je connais pas mal de gens qui ont (ou ont eu) un copain, une copine, un mari, une femme avec qui ils utilisent l’espéranto comme langue commune, et je connais plusieurs personnes qui parlent l’espéranto comme langue maternelle. Je suis véritablement surpris que ce fait soit peu connu : une langue inventée parlée comme langue maternelle est un phénomène étonnant et peut-être unique dans l’histoire des langues. La seule exception que je connaisse est un type qui a appris le klingon à son fils, mais il a abandonné l’expérience au bout de quelques années (le fils n’appréciait pas vraiment et la langue manque de vocabulaire pour les objets de la vie quotidienne).

Entre parenthèses, il est intéressant de remarquer que, contrairement à la plupart des langues, ceux dont l’espéranto est la langue maternelle ne sont pas la référence pour savoir ce qui est correct ou non. De toute façon, il est en général impossible de les distinguer des gens qui ont appris l’espéranto à un bon niveau. Étrangement, certains espérantophones natifs ont un accent assez fort : le chanteur Kim a un accent danois incompréhensible pour les débutants.

Les seules autres langues construites qui semblent être parlées par plus d’une poignée de personnes sont l’interlingua, l’ido et le klingon. Mais est-ce que ce sont des langues vivantes pour autant ? Y a-t-il des gens qui se parlent dans ces langues pas comme un jeu, mais parce que c’est leur langue commune ? (Ce ne sont pas des questions rhétoriques : si vous connaissez la réponse, ça m’intéresserait.)

Une autre raison pour laquelle l’espéranto n’est pas une langue construite comme les autres est que, je pense, beaucoup de gens qui le parlent ne le perçoivent pas vraiment comme tel et beaucoup d’espérantistes ne sont pas particulièrement intéressés par les langues construites. Certes, 100 % des gens que je connais qui apprennent le klingon ou le toki pona parlent aussi espéranto, mais c’est loin d’être la majorité des espérantistes. Il y a deux ans, j’ai assisté à une petite conférence en espéranto sur le dothraki, la personne qui l’animait a commencé par poser la question : « Est-ce que quelqu’un ici a déjà appris une langue inventée ? » Je lui ai fait remarquer que, oui, tout le monde ici a appris une langue inventée ; je ne me rappelle pas sa réponse exacte (c’était quelque chose du genre « Oui mais ça ne compte pas vraiment »), mais elle ne semblait pas y avoir pensé.

La limite entre « langue naturelle » et « langue artificielle » n’est pas aussi nette qu’on pourrait le penser. Le lojban est clairement artificiel, mais l’interlingua a été fait pour ressembler aux langues romanes. Et même les langues dites « naturelles » sont souvent plus artificielles qu’on le croit. Le nynorsk et le slovaque littéraire, par exemple, ont été créés en s’inspirant de plusieurs dialectes déjà existants. L’islandais, le tchèque ou le hongrois comportent des néologismes créés consciemment pour remplacer des mots d’origine étrangère. Cas plus étonnant (en tout cas si j’en crois Wikipédia), une petite partie du vocabulaire estonien a été inventée il y a un siècle par le philologue Johannes Aavik : il n’a pas emprunté à d’autres langues ou créé des mots composés, mais réellement inventé des mots en combinant des sons qui lui plaisaient. Encore plus étonnant, le livre Dying Words: Endangered Languages and What They Have To Tell Us de Nicholas Evans rapporte le cas du buin, langue parlée à Bougainville (une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée) : cette langue possède des noms masculins et féminins, comme le français, mais dans l’un des dialectes, tous les genres sont inversés. Comme aucun mécanisme linguistique connu ne peut arriver à ce résultat, on suppose que la communauté qui parle ce dialecte a délibérément changé sa manière de parler pour se différencier des voisins. Certes, malgré ces exemples, les interventions conscientes sur les langues échouent assez souvent (comme la réforme orthographique de 1990 en français qui est largement ignorée), mais de nombreuses langues, surtout des langues littéraires, ont une part d’artificialité.

Pour en revenir à l’espéranto, celui-ci partage une caractéristique de plus avec les langues naturelle : il évolue. Johann Martin Schleyer, inventeur du volapük, a refusé que qui que ce soit apporte des changements à sa langue, ce qui a sans doute été l’une des raisons de son déclin rapide. Zamenhof, lui, avait bien compris qu’une langue doit appartenir à tous ceux qui la parlent : il préférait être connu comme « l’initiateur » plutôt que « l’inventeur » de l’espéranto. La brochure qu’il a publiée comportait 900 racines et seize règles de grammaire assez vagues ; la dernière édition du Dictionnaire illustré complet d’espéranto a plus de 16 000 racines (à partir desquelles on peut former beaucoup plus de mots) et le Manuel complet de la grammaire de l’espéranto est un gros pavé (plusieurs centaines de pages sous sa forme imprimée). Comme les autres langues, il n’évolue pas par décret mais par l’usage des espérantophones : l’Académie d’espéranto avait proposé les mots komputero et televizio, mais ils n’ont jamais très utilisés et aujourd’hui tout le monde dit komputilo (où le suffixe -ilo désigne un outil) et televido (qui ressemble plus à la racine vid-, « voir »).

Certains linguistes semblent penser que l’espéranto, étant artificiel, n’a rien à nous apprendre sur le langage. (Pas tous : certains le prennent au sérieux, la plupart s’en fichent.) Ce serait vraiment étonnant qu’un phénomène aussi rare qu’une langue inventée par un type qui s’est transformée en une langue vivante parlée comme langue maternelle ne mérite pas d’être étudié sérieusement.

Avant d’enregistrer un nom de domaine…

…pensez à vérifier qu’il n’y a pas de société qui utilise un nom similaire (voire identique).

Cette fois-ci je suis sûr que ce nom n’est pas utilisé (aucune marque déposée ni nom de domaine ne correspond), et j’ai passé plus de deux minutes à réfléchir au titre du blog et je pense que « Apprenti polyglotte » convient mieux à ce que je raconte ici.

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Seul sur Mars

Le film Seul sur Mars (The Martian) sort en France le 21 octobre. C’est bizarre qu’il sorte aussi tard, je l’ai vu dans mon bled paumé de Slovaquie le 2 octobre.

C’est un film de science-fiction basé sur le roman du même nom, écrit en 2011 par Andy Weir dont c’est le premier roman. La mission Arès 3, troisième mission d’exploration humaine sur Mars, doit quitter la planète d’urgence à cause d’une violente tempête, en laissant derrière un astronaute (interprété par Matt Damon), qu’ils croyaient mort. Celui-ci se retrouve seul sur Mars, avec un équipement prévu pour une mission de 31 jours. Il n’a pas la possibilité de communiquer et la seule solution qu’il voit, c’est d’essayer de survivre pendant quatre ans en attendant la mission Arès 4, déjà planifiée. Il rencontre tout un tas de divers problèmes apparemment insurmontables qu’il doit cependant résoudre.

J’ai beaucoup aimé le film. J’ai trouvé Prometheus catastrophique, mais Ridley Scott a bien remonté le niveau avec Seul sur Mars. J’ai beaucoup apprécié son réalisme : dans beaucoup d’œuvres de science-fiction, les voyages spatiaux ont l’air faciles, mais en réalité ça prend du temps, il faut des quantités énormes de carburant, et l’air, l’eau ou la nourriture peuvent facilement devenir des problèmes. Les scientifiques ne sont pas montrés comme des savants fous ou des génies, mais comme des gens qui travaillent dur pour résoudre des problèmes. xkcd résume bien le film :

Tu sais, la scène dans Apollo 13 où le type dit : « Il faut qu’on trouve comment brancher ce truc à ce truc-là en utilisant les pièces qui sont sur cette table, sinon les astronautes meurent » ? Ben Seul sur Mars, c’est pour ceux qui auraient voulu que tout le film soit comme cette scène.

Le film m’a tellement plu que j’ai tout de suite lu le livre, que je viens de terminer. Je n’ai pas été déçu. Le livre aussi est très bon, plein d’humour et de détails techniques (chimiques, physiques, informatiques) qui plairont aux geeks en tout genres. Le film est fidèle au livre, à la différence que dans le livre, les problèmes que rencontre le héros sont plus nombreux et plus difficiles à résoudre.

Bref, je recommande vivement à tout le monde de lire le livre et d’aller voir le film.

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Apprendre une langue sur Internet

Apprendre une langue il y a quelques décennies devait être assez compliqué, en tout cas quand on voulait apprendre autre chose que l’anglais ou l’espagnol (ou une langue très populaire). Trouver des manuels, de la lecture, de la musique et pratiquer la langue avec quelqu’un sans voyager devait être plutôt difficile.

Aujourd’hui, avec Internet, c’est beaucoup plus facile. On peut trouver des cours et des dictionnaires, écouter de la musique et même pratiquer la langue à l’oral tout en ayant le derrière vissé sur sa chaise. J’ai appris l’espéranto uniquement par Internet, j’ai appris les bases du russe et du slovaque en grande partie par Internet (et aussi avec des livres), et dans ces trois langues j’ai pu atteindre un niveau suffisant pour avoir des conversations sans jamais mettre les pieds dans une salle de classe.

Les boutiques en ligne rendent beaucoup plus facile l’achat de manuels : la librairie du coin a probablement L’Allemand sans peine, mais si vous voulez apprendre le norvégien, ça va être plus compliqué. J’ai sur mon bureau un exemplaire de Teach Yourself Hungarian qui est, je pense, difficile à trouver en magasin en France. (En fait, je ne l’ai même pas acheté : l’éditeur a offert un exemplaire de Teach Yourself pour la langue de notre choix à tous les participants de la rencontre de polyglottes de Berlin !) Mais il est aussi possible que vous n’ayez même pas besoin de livre : on trouve de plus en plus de sites de qualité offrant des cours de langues, parfois gratuits. Par exemple, et pour faire un peu de pub pour les projets sur lesquels mon organisation travaille :

  • lernu! est l’un des premiers sites multilingues pour apprendre une langue, en l’occurrence l’espéranto. Le site a été créé en 2002, ce qui se voit, mais une nouvelle version est en cours de réalisation (la date a été repoussée plusieurs fois, mais on peut espérer qu’elle sortira avant la fin de l’année). Et en plus, ma voix sera dans le nouveau cours.
  • Slovake.eu, comme son nom l’indique, est pour le slovaque. Deux nouveaux cours de niveau intermédiaire sont prévus pour cet automne.
  • Deutsch.info : même principe, mais pour l’allemand.
  • Mluvte česky : pour le tchèque, mais pour l’instant aucune version française n’est prévue.

Il est impossible de lister tous les sites de ce genre, mais vous pouvez consulter une liste de tout ce que j’ai pu trouver (cours, dictionnaire, grammaire, podcasts, forums, etc.).

Duolingo est un site très populaire, qui enseigne les langues au moyen de traductions sous une forme ludique (avec des points d’expérience, des niveaux, des compétences à acquérir). Depuis le français, on peut apprendre l’anglais, l’espagnol et l’italien ; depuis l’anglais il y a beaucoup plus de choix. Ce site peut être un bon complément, mais a peu de chances de suffire et sa méthode d’apprentissage est assez souvent critiquée. J’ai fini le cours d’allemand mais je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir amélioré mon allemand…

Pour beaucoup de grandes langues, vous trouverez aussi des podcasts pour ceux qui apprennent, avec une difficulté adaptée et des explications sur les mots. Par exemple, Russian Podcast, Slow German, Notes in Spanish, etc. Malgré le titre en anglais, le contenu est généralement uniquement dans la langue cible. YouTube est aussi une bonne source de contenu, que ce soit de la musique ou des émissions diverses. Je connais par exemple plusieurs personnes qui apprennent le français et qui aiment les chaînes du type Norman fait des vidéos et Cyprien, parce que c’est amusant et ça permet d’entendre la langue telle qu’elle est réellement parlée par les jeunes.

Le principal avantage d’Internet, cependant, c’est de pouvoir communiquer avec des vrais gens, à l’écrit comme à l’oral. Pour pratiquer l’écrit sans avoir de correspondant, je recommande le site Lang-8. Le principe est très simple : vous écrivez un texte sur ce que vous voulez et une personne qui parle la langue que vous apprenez vous corrige. Si vous corrigez le texte de quelqu’un d’autre, vous recevez des points ; plus vous avez de points, plus vos textes apparaissent en haut de la liste et plus vous avez de chances d’être corrigé rapidement. J’ai déjà utilisé ce site pour écrire quelques textes en russe et en slovaque, j’ai toujours reçu plusieurs corrections dans les heures qui suivaient.

Pour l’oral, le meilleur site que je connais est italki. Il sert principalement à trouver des professeurs qui donnent des cours particuliers par Skype, mais pour les radins comme moi, on peut aussi chercher un partenaire pour un échange linguistique. Pour les francophones, on a de la chance de parler une langue populaire, ce qui fait qu’on peut facilement trouver quelqu’un qui veut apprendre le français et qui est prêt à enseigner sa langue en échange.

Cet article ne serait pas complet si je ne mentionnais pas un logiciel incontournable : Anki. Le principe est simple : vous faites des cartes avec des questions et des réponses, et chaque jour le programme vous interroge. Si vous connaissez la réponse, la carte sera remontrée dans quelques jours, sinon elle sera remontrée le lendemain. On peut s’en servir pour mémoriser n’importe quoi (capitales, cours de maths, éléments chimiques…), mais cette méthode est particulièrement adaptée à l’apprentissage de vocabulaire.

Anki

Un exemple de mot au hasard en slovaque.

Quand je veux apprendre un nouveau mot, je l’ajoute à Anki, mais il est aussi possible de télécharger l’un des nombreux paquets de cartes existants. L’application est gratuite et existe aussi en version mobile.

L’accent tonique en russe

L’une des principales difficultés de la langue russe, c’est l’accent tonique : il est très important et il n’est pas écrit. Ce qui signifie que quand on lit un texte en russe, pour pouvoir prononcer correctement les mots, ils faut déjà les connaître. Là où ça se complique, c’est que l’accent peut se déplacer quand on décline ou conjugue les mots. Les livres pour apprendre donnent généralement très peu d’explications à ce sujet.

Heureusement, il existe des règles et avec un peu de pratique on peut arriver à deviner assez souvent ou devrait être l’accent. J’ai donc résumé tout ce que j’ai appris sur l’accent tonique en russe. J’espère que cette page aidera ceux qui apprennent le russe.

La page n’est pas tout à fait complète : si quelqu’un a des explications concernant la forme courte des adjectifs et le passé des verbes, je serai ravi.

Le centième congrès mondial d’espéranto

Comme vous le savez si vous avez ne serait-ce que survolé la page d’accueil de ce blog, je participe régulièrement à des rencontres d’espéranto. Mais je n’avais jamais participé à la plus importante : le congrès mondial d’espéranto, dont la centième édition s’est tenue à Lille, à la fin du mois de juillet.

Parfois, il me semble que le monde de l’espéranto est trop petit : je revois assez souvent les mêmes personnes. Au dernier festival du nouvel an, où la première soirée comprend traditionnellement des jeux pour faire connaissance avec les autres participants, je me suis dit « Mais j’en connais déjà au moins la moitié ! » Je me suis dit, cependant, que j’ai habituellement affaire à seulement une petite partie du monde de l’espéranto : les gens qui ont le temps, les moyens et l’envie d’aller à des festivals de jeunes en Europe centrale. Il y aurait sûrement beaucoup de nouvelles personnes au congrès mondial.

Et ça a été le cas. Certes, j’ai vu beaucoup de gens que je connaissais déjà, dont des personnes que je n’avais pas vues depuis des années et d’autres dont j’avais oublié le nom, mais la grande majorité des participants m’était inconnue. J’ai pu parler avec des gens venus de pays tels que le Népal, la République dominicaine, l’Indonésie ou le Pakistan. Il y avait aussi un grand nombre d’Asiatiques — Japonais, Coréens, Vietnamiens. Au total, il y avait 2695 participants de 82 pays.

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Pourquoi et comment apprendre le slovaque

Depuis que j’habite en Slovaquie, j’ai appris la langue locale. Je ne la parle pas couramment, mais je me débrouille bien. C’est une belle langue que j’apprécie beaucoup, mais elle est malheureusement méconnue : combien de non-Slovaques seraient capables de reconnaître du slovaque ? Je vais donc exposer quelques raisons de l’apprendre et, pour ceux qui seraient intéressés, je donnerais quelques pistes pour l’apprendre.

À quoi ça ressemble ?

Le Danube à Bratislava

Le Danube à Bratislava

À quoi ressemble le slovaque ? Au russe ? Au polonais ?

Le slovaque appartient à la famille des langues slaves occidentales, comme le tchèque et le polonais, qui sont très proches. Il est également assez proche des autres langues slaves (russe, ukrainien, serbo-croate, etc.) pour permettre un minimum de compréhension. Il n’a rien à voir avec le hongrois, qui est parlé dans le pays d’à côté mais qui appartient à une famille complètement différente : le hongrois n’est pas plus compréhensible pour un Slovaque que pour un Français. Au cours de son histoire, le slovaque a aussi emprunté des mots à l’allemand, au latin, au français, au hongrois, etc.

Le slovaque peut parfois sembler monotone (l’accent tonique n’est pas très marqué et est toujours sur la première syllabe), mais je trouve que c’est une belle langue. Les voyelles peuvent être longues ou courte, ce qui contribue au rythme des phrases. Il est difficile de décrire une langue à l’oral, écoutez plutôt l’une des chansons que je propose à la fin de cet article.

À l’écrit, le slovaque est reconnaissable parce qu’il utilise un grand nombre d’accents et pas mal de consonnes. Vous pouvez aller voir n’importe quel article de Wikipédia en slovaque pour vous faire une idée. Fait intéressant, le slovaque a le plus long alphabet parmi les langues d’Europe : 46 lettres (a á ä b c č d ď dz dž e é f g h ch i í j k l ĺ ľ m n ň o ó ô p q r ŕ s š t ť u ú v w x y ý z ž).

Pourquoi apprendre le slovaque ?

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Le Ďumbier, le plus haut sommet des Basses Tatras, l’un des massifs montagneux de Slovaquie

Je pense qu’il est inutile de lister tous les avantages d’apprendre une langue en général, mais pourquoi apprendre une langue parlée par cinq millions de personnes dans un seul pays ?

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Combien de langues tu parles ?

La dernière fois que je suis revenu en France, plusieurs personnes que je n’avais pas vues depuis longtemps et qui savent que je m’intéresse aux langues m’ont demandé « Combien de langues tu parles maintenant ? » Mais je ne peux pas répondre à cette question en annonçant simplement un nombre. J’ai commencé à expliquer que ce n’est pas aussi simple, que je ne les parle pas toutes couramment, mais des membres de ma famille qui semblent me prendre pour un génie mais qui, je crois, surestiment mes capacités m’ont dit que j’étais modeste et que je devrais mentionner des langues que j’ai étudiées à un moment ou à un autre, alors que je pourrais à peine les baragouiner aujourd’hui.

Mais ce n’est pas une question de modestie : tout dépend de ce qu’on entend par « parler une langue ».

Que veut dire « parler une langue » ?

Si vous voulez lancer une discussion sans fin parmi des polyglottes, posez-leur cette question. (Variante : que veut dire « parler une langue couramment ? ») Quand on leur demande combien de langues ils parlent, certains polyglottes répondront « aucune » ou « une » (là, je crois qu’on peut effectivement parler de modestie), d’autres n’hésiteront pas à répondre qu’ils en connaissent une dizaine, mais dans la plupart des cas vous n’aurez pas de réponse simple.

En fait, chacun semble avoir sa définition de « connaître une langue ». Pour Benny Lewis, polyglotte irlandais assez populaire chez les amateurs de langues anglophones, et souvent critiqué, entre autres à cause du titre de son blog, « parler couramment en trois mois », que beaucoup trouvent irréaliste, « parler couramment » veut dire pouvoir utiliser la langue pour vivre sa vie quotidienne sans trop de problèmes et pouvoir se faire des amis dans cette langue. Pour le linguiste français Claude Hagège, « connaître parfaitement une langue, c’est être capable de saisir des jeux de mots débités sur un ton très rapide par des usagers natifs, et la parler sans être identifié comme un étranger » (source).

Selon la définition du premier, je dois parler quatre ou cinq langues. Avec les critères du deuxième, je ne parle pas couramment anglais et très peu de gens sont capables de parler couramment une langue étrangère. Bien sûr, beaucoup de gens ont une définition entre ces deux extrêmes, mais il est de toute façon impossible de déterminer à partir de quel niveau on peut dire « je parle cette langue ».

Combien, alors ?

À la rencontre polyglotte à laquelle j’ai assisté en mai, tous les participants avaient un badge sur lequel ils pouvaient écrire la liste des langues qu’ils parlaient. J’en ai mis six, triées par niveau : le français, l’espéranto, l’anglais, le slovaque, le russe et l’allemand. Est-ce que je peux vraiment dire que je parle six langues ? Il peut être difficile de juger de manière objective son niveau dans une langue étrangère, mais voyons-les cas par cas.

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